Le Mouvement Sauvons la République Démocratique du Congo, note avoir suivi avec attention l’adresse à la Nation du Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, consacrée à l’annonce d’un forum qu’il présente comme un dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État.
Sauvons la RDC rappelle qu’après des mois passés à railler, contourner, récuser ou vider de leur substance les appels au dialogue venus de toutes parts, Monsieur Félix Tshisekedi, en illusionniste accompli, donne soudain l’impression d’en avoir découvert les vertus. Mais à l’écouter attentivement, il n’y a guère de raison de s’en réjouir: derrière les mots du dialogue se dessinent les contours d’un processus qui en contredit l’esprit, les exigences et la finalité.
Ci-dessous l’intégralité de la correspondance du Mouvement Sauvons le Congo
« Le Mouvement Sauvons la RDC a suivi avec attention l’adresse à la Nation de Monsieur Félix Tshisekedi Tshilombo, consacrée à l’annonce d’un forum qu’il présente comme un dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État. Après des mois passés à railler, contourner, récuser ou vider de leur substance les appels au dialogue venus de toutes parts, Monsieur Félix Tshisekedi, en illusionniste accompli, donne soudain l’impression d’en avoir découvert les vertus. Mais à l’écouter attentivement, il n’y a guère de raison de s’en réjouir: derrière les mots du dialogue se dessinent les contours d’un processus qui en contredit l'esprit, les exigences et la finalité.
D’abord, parce que son appel à l’unité et à la cohésion nationale, tout comme sa profession de foi en faveur du dialogue présenté comme la voie privilégiée de sortie de crise, dissimulent mal de profondes contradictions entre le discours affiché, la démarche proposée et les véritables enjeux de la crise.
À titre d’exemple, Félix-Antoine Tshisekedi affirme vouloir dialoguer, mais décide seul avec qui, où, comment, sur quoi et jusqu'où les Congolais seraient autorisés à discuter. Un dialogue dont une seule partie choisit les participants, fixe les règles, délimite les sujets et détermine à l’avance les contours n'en est pas véritablement un.
Ce qu’il projette n’est donc pas davantage un dialogue national que les « auto-nominations » de décembre 2023, organisées à coups de machines à voter distribuées jusque dans les rangs de sa famille politique, n’ont constitué de véritables élections.
Ensuite, parce qu’en champion du verbe sans contenu, Félix Tshisekedi semble compter sur l’adhésion sans réserve de tous ceux qui, par peur, intérêt ou servitude volontaire, ont renoncé à exercer leur propre jugement pour lui déléguer le privilège exclusif de penser à leur place. À eux désormais d’applaudir et de suivre le Maître, avec la même ferveur lorsqu’il affirme une chose que lorsqu'il soutient exactement son contraire.
Cynisme politique ou incapacité à prendre la juste mesure de la gravité de la crise, Monsieur Tshisekedi s’est ainsi illustré, une fois encore, par un diagnostic erroné. Or, d'un faux diagnostic ne peut découler qu'un mauvais protocole de traitement.
N’en déplaise à Monsieur Tshisekedi, la crise que traverse aujourd'hui la République démocratique du Congo n’est ni un simple différend entre politiciens ni une difficulté passagère. Elle n’est pas davantage exclusivement sécuritaire et ne saurait se résumer à une agression étrangère. Elle est tout à la fois morale, politique, sécuritaire, institutionnelle, économique, sociale, humanitaire et, désormais, sanitaire.
Des territoires entiers et pas seulement dans l'Est du pays, échappent à l'autorité de l’État. Des millions de Congolais sont déplacés ou vivent quotidiennement sous la menace de la guerre, de la faim et des épidémies. Dans le même temps, les structures sanitaires et les dispositifs humanitaires sont à bout de souffle, sans que se dessinent une volonté politique suffisamment forte ni un plan crédible permettant de renforcer durablement leurs capacités.
Sauvons la RDC rappelle que Monsieur Tshisekedi entretient depuis longtemps un rapport pour le moins difficile avec la vérité, la contradiction et la confrontation des idées. Face à l’accumulation des périls qui menacent la Nation, il a donc, sans surprise, fait un choix lourd de conséquences: celui du confort d’une grand-messe avec ses fidèles et ses obligés, plutôt que celui d’un véritable dialogue permettant aux Congolais de confronter librement leurs analyses, leurs visions, leurs divergences et leurs propositions de sortie de crise.
Entre sauver son pouvoir et sauver la République, il a choisi son pouvoir. Or, dans les circonstances actuelles, ces deux objectifs sont incompatibles. En levant cette option, il fait le choix de l'escalade, de la persistance de la crise et de l’aggravation des tensions, plutôt que celui d'une solution politique globale susceptible de ramener la paix et la stabilité dans notre pays.
En effet, on ne peut pas sérieusement vouloir d'un dialogue pour la paix, et en exclure ceux avec qui on est en guerre; ni en appeler à la cohésion nationale, pendant que les avions et drones sous son commandement bombardent, sans arrêt, des populations civiles inoffensives et sans défense, et qu’on entretient, sur le plan politique, un climat fait d’arrestations arbitraires, de restrictions des libertés et des activités politiques, de poursuites judiciaires sélectives, et de condamnations à mort sans procès équitables, ne laissant ainsi à ses compatriotes, que le choix entre se soumettre, périr ou l’exil.
Il est de même absurde de prétendre organiser un dialogue pour la « refondation de l’État » tout en soustrayant du débat les questions essentielles qui sont précisément au cœur de la crise: la démocratie, les droits humains, les libertés publiques, la légitimité des institutions et la gouvernance du pays.
Il est également absurde d’affirmer vouloir résoudre, par le dialogue, une crise aussi grave dont on est soi-même l’un des principaux acteurs, sinon le principal responsable, tout en s'arrogeant le droit exclusif d'en maîtriser l'ensemble du processus: convoquer le dialogue, en désigner les participants, déterminer les matières à traiter, nommer les facilitateurs et les médiateurs, les réduisant de fait à un rôle de simples modérateurs -, organiser et superviser les travaux, puis se poser en destinataire ultime des résolutions, avec le pouvoir discrétionnaire de décider lesquelles seront appliquées ou non.
Enfin, il n'est ni cohérent ni raisonnable d'invoquer la cohésion nationale tout en marginalisant ceux qui, forts de leur crédibilité et de leur autorité morale, se sont précisément employés à construire des passerelles entre les différentes parties à la crise et à faire prévaloir le dialogue sur la confrontation. C’est notamment le cas des Évêques de la CENCO et de l'ECC, dont les initiatives ont contribué à rapprocher des positions jusque-là antagonistes et à maintenir ouverte la perspective d’une solution politique. Prétendre rechercher la paix tout en écartant ceux qui travaillent à la rendre possible constitue, là encore, l’une des contradictions majeures du processus annoncé.
LA REDACTION





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